vendredi 5 décembre 2008

Le B-A BA du langage institutionnel

Je vis dans une ville merveilleuse qui depuis quelques années a choisi : moins de politique, de vision, dirons-nous, plus de communication.
Ca a l'air de fonctionner et surtout, de contenter les habitants car le maire vient de repartir pour un second mandat.

L'un des effets pervers de la communication outrancière appliquée à ma ville, est la culture langagière apportée par l'équipe municipale en place.
Voici deux exemples très différents, l'un qui touche ma sensibilité d'habitante lambda, l'autre ma sensibilité de professionnelle de la communication.

D'un côté, on a le (po)lissage des noms des lieux gérés par l'institution.
Par exemple, toutes les entités ouvertes au public sont devenues des "maisons" : maison de l'enfance, maison des associations, maison du tourisme, etc...
Je comprends bien la signification ô combien rassurante du mot maison : la sécurité, la fraternité, l'identité commune. Dans ce sens, je me dis que le mot est bien choisi.
Mais faut-il le servir à toutes les sauces ? Au risque que la ville ne devienne qu'une caricature d'elle-même ou d'un roman d'anticipation ?
A vouloir homogénéiser ces appellations, on en viendrait presque à confondre les lieux et surtout, leurs vocations.
Je ne parle pas du fait que cela induit l'idée fausse que toutes ces belles institutions n'ont été créées que par la même équipe municipale, alors que pour la plupart d'entre elles, elles existent dans cette ville depuis des décennies. D'un autre côté, on a cette manie (maladie ?) de transformer toute action en sigle. Ce mal n'est pas nouveau et il n'est pas propre à ma ville. Les sigles existent depuis longtemps et ils ont leur utilité propre. De plus, ils sont l'un des ferments de la culture d'entreprise. Ils marquent la spécialisation, la technicité, le professionnalisme en somme.
Autant de valeurs qui, pour autant respectables qu'elles soient, ne sont pas, à mon sens, celles que doivent véhiculer en premier les collectivités publiques.
La collectivité se doit d'afficher la simplicité, la proximité et l'ouverture.
Autant de valeurs qui ne peuvent pas être contenues dans les mots CLICS, CLIPS, DOB, CUCS ou autres PLU, CLE et MASE.
Ces mots-là (si, si, ce sont des mots !) sont ceux des cadres et techniciens qui oeuvrent pour la ville. Ils sont forts utiles, parce qu'ils leur permettent de se comprendre immédiatement et de se fédérer autour des concepts, idées ou actions qu'ils expriment.
Mais ces mots-là ne doivent pas être ceux des élus. Qui, s'ils doivent en connaître l'existence, doivent surtout en connaître la génèse afin de la communiquer à leurs administrés.
Certains sigles sont jolis, mignons. D'autres franchement peu appropriés, voire imprononçables.
L'histoire n'est pas là. Il s'agit de faire comprendre, transmettre, expliquer ce qui motive un ou plusieurs élus à mettre tout en oeuvre pour appliquer une vision.
Et ça, ça ne peut pas se contenir dans 3 ou 4 lettres apposées l'une contre l'autre.

Sinon, ça met à distance. Un peu comme un film étranger sans sous-titre.

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