jeudi 4 décembre 2008

Le mot de l'opposition

Je fais de la communication depuis plus de 10 ans.

Déjà lors de mes études, c'est la communication publique qui m'intéressait. Disons-donc que je fais de la communication depuis plus de 15 ans (gloups !).
J'ai quasiment toujours été convaincue de la nécessité de laisser une tribune libre à l'opposition dans l'organe principal d'expression d'une institution. J'ai défendu cette idée dans un mémoire de maîtrise intitulé "Communication municipale et citoyenneté" en 1996.

Ainsi, bien avant la loi "Démocratie de proximité" de Lionel Jospin, votée en 2002 et prévoyant "un espace réservé aux élus n'appartenant pas à la majorité municipale". Loi, qui, tout à fait logiquement m'a enchantée.
Presque 7 ans après, il apparaît que même si la loi a - à peu près - été appliquée (et soyons justes, parfois devancée), il se fait un peu tout et n'importe quoi en la matière : limitation du nombre de signes à 400 pour certaines communes, autant dire à peine la place de nommer les signataires de l'article (la loi préconise une demi-page soit environ 1500 signes), suppression arbitraire de la page en période électorale, censure sans fondement juridique de certains articles (alors que, rappelons-le, il s'agit d'une tribune libre, donc, ne devant respecter que les règles de base telles que non atteinte à la vie privée, non diffamation...), etc, etc...
Autant de débordements qui devraient amener les législateurs à se pencher à nouveau sur la question pour cadrer un peu plus tout ça.
En même temps, il faut savoir que l'édition d'un journal municipal ou d'un site internet n'étant pas obligatoire, il est délicat de statuer plus profondément sur la question.
Néanmoins, on ne peut pas croire un seul instant qu'à l'heure actuelle, où les élus de tous poils ont très bien compris le pouvoir et les enjeux médiatiques, une majorité viendrait à supprimer l'un de ses organes d'information uniquement pour éviter de donner la parole à l'opposition.
De plus, si tel était le cas, la ville concernée serait tellement rapidement montrée du doigt que la situation ne durerait pas bien longtemps.

Dans ce cas, je pense qu'il est foncièrement possible de faire évoluer la loi de 2002.
Notamment en rappelant à la majorité que cette page doit être totalement réservée aux élus de l'opposition et qu'elle ne doit pas s'y glisser.
En effet, trop souvent à côté du communiqué du groupe minoritaire, on trouve la réponse directe de l'équipe en place à ses arguments (qui a dit attaques ?).
On voit bien le contournement de la loi (et le vide laissé par celle-ci) : puisque l'opposition a droit à une demi-page, l'autre demi-page peut être remplie par n'importe quoi, y compris une tribune libre... de la majorité !
Justification un peu tirée par les cheveux mais très souvent invoquée par les maires et leurs adjoints à la communication.
A la limite, puisque faille il y a, soit !

Pourquoi ne pas laisser s'exprimer la majorité sur la même page ? Seulement, en aucun cas, le texte publié ne devrait répondre à l'article de l'opposition placé à côté. Sinon, cela signifie que les deux textes ne sont pas indépendants l'un de l'autre. Pis, que le texte de la majorité n'existe qu'en fonction de celui du parti opposé et donc s'inscrit comme droit de réponse immédiat.
Or un droit de réponse ne peut se faire qu'après publication du texte auquel on répond. CQFD.

Ce que je veux souligner ici, c'est qu'une loi basée même sur l'idée de démocratie en devient presque anti-démocratique.
D'une part, l'opposition travaille pendant plusieurs jours un texte très souvent construit et fournit (pour peu qu'on lui laisse la place qui lui revient) sur un ou plusieurs points de divergence.
De l'autre, la majorité n'a qu'à attendre la réception de cet article pour rédiger la parfaite anti-thèse ?

Les propos de l'opposition en deviennent vite procéduriers, creux et surtout vains. La majorité ayant, par définition, toujours le dernier mot. On ne fait pas de la politique en sachant à l'avance ce que ses adversaires vont dire. C'est un peu comme tricher à un examen, non ?

D'ailleurs, on ne fait pas de la communication dans ces conditions non plus. A moins d'être télépathe. Et là... je ne peux plus rien dire. ;)

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