mardi 7 juillet 2009

Histoire et principes de Wikipédia (1/6)

Voici le premier épisode de la saga de l'été !;)
Ma contribution à la réflexion sur l'encyclopédie en ligne numéro 1 : Wikipédia.
Cet article vient de paraître dans le numéro spécial n°220 de la revue InterCDI : "Internet, même pas peur".
C'est parti...

"Tout le monde le connaît : les uns l’utilisent, les autres le boycottent. Certains en ont juste entendu parler, d’autres s’en servent sans le savoir… Le monstre de l’encyclopédie en ligne fête déjà ses 8 ans d’existence. Il ne s’est jamais aussi bien porté mais n’a jamais autant été controversé et concurrencé. Radiographie tout à la fois d’un phénomène, d’un outil collaboratif, d’un (contre-) pouvoir et d’une utopie : Wikipédia.

Si vous tapez l’adresse française de Wikipédia dans votre navigateur, voici le premier message que vous pourrez lire sur la page d’accueil : « Bienvenue sur Wikipédia, projet d’encyclopédie librement réutilisable que chacun peut améliorer. 784 407 articles en français, plus de 12 millions dans plus de 250 langues. Version WAP pour téléphones mobiles »(1).
Ces trois phrases résument parfaitement le principe de ce site internet, son ampleur et ses intentions.
Wikipédia est à la juste croisée de deux tendances fortes du Web 2.0 : le contributif et le collaboratif. D’une part, chacun d’entre nous peut apporter un peu de son savoir en contribuant à l’écriture de nouveaux articles ou participer à l’enrichissement des contenus existants. D’autre part, nous pouvons également collaborer à la régulation de ce site en rectifiant, commentant et discutant ces articles et les nombreuses thématiques connexes.
Nous devons la genèse de ce projet à Jimmy Donal Wales, homme d’affaires américain qui, en 2000, créa Nupédia, une encyclopédie libre alimentée et corrigée à l’époque par des rédacteurs sélectionnés. Faute d’articles en nombre suffisant, Nupédia fut contraint d’arrêter son activité en 2003. Mais son rédacteur en chef Larry Sanger avait soufflé à Wales quelques années auparavant d’approfondir l’idée en utilisant la technologie Wiki. Wikipédia naît officiellement en 2001 et devient peu à peu le « monstre » que nous connaissons, parmi les dix sites les plus visités au monde en 2008 (10ème sur 30 en France en décembre dernier – source Médiamétrie).
Aujourd’hui, le site propose donc des millions d’articles libres de droits et modifiables à loisir.
En France, on recense près de 500 000 contributeurs.
Mais comment tout cela fonctionne-t-il ?
Si les premiers articles qui ont constitué le terreau de Wikipédia ont été rédigés, pour la plupart, par Wales et Sanger eux-mêmes, depuis huit ans, la plupart des sujets ont été circonscrits grâce aux contributions wikipédiennes.
Cela ne signifie pas pour autant que toutes les définitions ou notions sont très développées ou fournies. Cela ne signifie pas non plus que ces articles sont fiables à 100% et qu’ils ne contiennent aucune erreur.
C’est cette réalité qui pousse les internautes du monde entier à décider d’enrichir l’encyclopédie. En corrigeant une faute d’orthographe, une date, un lieu. En ajoutant un détail, une anecdote, un lien. En confrontant leur point de vue aux auteurs précédents.
Et c’est ce nouvel état de faits qui amène les mêmes internautes (ou de nouveaux), à modérer les corrections, discuter de leur bien-fondé ou signaler les abus de toutes sortes.
Sur le papier, ce fonctionnement paraît simple et idyllique, en coulisse, la machine Wikipédia est un enchevêtrement de rouages plus ou moins bien huilés et plus ou moins justifiés.
Ainsi, pour un simple concept, on pourra passer des jours, voire des semaines à batailler dans les forums pour savoir quelle version d’une définition est la plus légitime.
Car, chose importante et principe fondamental du Wiki, toutes les versions sont archivées et chaque trace de modification visible par tous.
Un rêve… qui peut se transformer en cauchemar aussi rapidement qu’un prince charmant en crapaud.
De quoi parfois décourager les plus motivés à faire avancer le projet encyclopédique. C’est peut-être la raison pour laquelle sur les 500 000 contributeurs cités précédemment, on n’en recense, suivant les sources, que 3 à 36% de véritablement actifs (l’écart entre ces chiffres rajoutant une inconnue supplémentaire à un système nébuleux).
Heureusement que pour pallier au manque de forces humaines, l’encyclopédie est dotée de robots chargés des basses œuvres. Hormis ceux gérant l’intendance, on retiendra surtout Salebot, le robot qui traque les vandales.
Tests d’internautes incrédules, amas de majuscules ou de ponctuations, injures ou mots suspects, Salebot porte un intérêt plus prononcé aux nouveaux utilisateurs et à ceux qui, au lieu de créer un compte, se servent de leur adresse I.P pour collaborer.
Partant du principe que ne pas vouloir s’identifier… c’est louche.
Suspicion qui a parfois du bon, notamment pour démasquer les entreprises ou les personnes physiques qui s’attèlent à édulcorer les articles les concernant.
Car, étant donné le nombre de visiteurs uniques que Wikipédia draine (plus de 13 millions rien que pour la France recensés par Médiamétrie en janvier 2009), il est évident que de grands groupes ou personnalités ont bien compris qu’il y avait un intérêt à y figurer. Oui mais, sous un angle favorable voire flatteur s’il vous plaît !
L’aventure Wikipédia a beau posséder ses règles et ses garde-fous, nombreux sont ceux qui tentent quotidiennement de les transgresser. Nous verrons d’ailleurs un peu plus loin à quelles limites du système cela peut mener.
En attendant, cherchons à cerner, justement, ce qui rend fous d’elle les 684 millions de visiteurs de l’encyclopédie de par le monde..."

(1)Au moment de la rédaction de l’article. NdA.


à suivre "Wikipédia = Google repetita ?"

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