jeudi 9 décembre 2010

Qu’est-ce qu’un film documentaire ?

Suite de mon article à paraître dans le prochain Inter-CDI. Le premier opus est .
On confronte généralement le genre documentaire à la fiction. Le film documentaire proposerait en effet, de filmer la réalité en toute indépendance en opposition au film de fiction dont le choix narratif viendrait seulement donner une illusion de la réalité.
Mais est-ce si simple ?
Il suffit d’essayer de remonter aux origines du documentaire pour comprendre qu’il n’y a aucune évidence en la matière.
Certains citeront “La sortie des usines Lumière” (1895), des frères Lumière, comme premier du genre. Alors même que la version définitive de ce film de 45 secondes comporte des éléments de mise en scène flagrants (comme les costumes des ouvriers ou l’accélération de leur pas pour rentrer dans le timing de la pellicule).
D’autres citeront “Nanook of the north” (1922) de Robert Flaherty comme premier film documentaire officiel. Mais là aussi, de nombreux petits arrangements ont été fait avec la réalité pour donner vie à ce film. Notamment, la reconstitution d’une famille Inuit aux gestes ancestraux, alors qu’à l’époque, déjà, la plupart des familles ont fait le choix d’une activité artisanale lucrative, assez éloignée des pratiques originelles que Flaherty décide de filmer.


Qu’est-ce alors qui fait que ces deux films - pour ne citer qu’eux - sont clairement identifiés comme pionniers du genre ?
L’absence d’acteurs peut-être. Les réalisateurs respectifs ayant senti la nécessité de poser un regard sur leurs pairs, leurs contemporains, des “vrais gens”. Même si l’histoire raconte que la femme de Nanook a été écartée du film de Flaherty au profit d’une cousine, plus jolie.
Même si également, les frères Lumière ont estimé que les ouvriers endimanchés étaient plus cinégéniques qu’en habit de travail.
Au final, les personnages sont ici des personnes. Réelles. En situation.

La prescription sans doute. Car on peut légitimement se demander si les frères Lumière et Robert Flaherty avaient pleine conscience d’inventer, au minimum un film documentaire, au maximum, un genre nouveau.
Nous les cataloguons comme premiers du genre car nous avons le recul nécessaire pour le faire.
Mais nous les classons dans la catégorie documentaire également car ces films offrent une vision spécifique du réel à l’instant précis où ils ont été réalisés.
Ces films documentaires-là sont en effet des témoins à part entière de leur époque. Non seulement ils montrent, même si pas tout à fait objectivement, un aspect de celle-ci (en cours ou révolu), mais aussi, ils donnent des informations sur le XXème siècle à travers le regard même de leurs auteurs. Le choix de Flaherty de ramener Nanook à des gestes et coutumes oubliés traduit sa vision d’occidental sur une culture et un peuple différents.
Le parti-pris des frères Lumière de ne pas demander aux ouvriers de se changer alors qu’ils ont été conviés un dimanche, après la messe, révèle une vision idyllique et festive de la vie à l’usine par les réalisateurs, par ailleurs, propriétaires de l’usine en question...

A visionner :
“La sortie des usines Lumière”
“Nanook of the north”

A suivre : Un webdocumentaire n'est pas...

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